Mode et beauté pour la rentrée : tout savoir pour être bath dans son laboratoire

Beaucoup de questions fondamentales ont été négligées cet été, sur ce blog abandonné/coquillages et crustacés. J’avais pourtant prévu de soulever de vrais débats estivaux : la collection « le sens commun » supporte-t-elle bien le sable ? Peut-on faire une féroce bataille d’eau dans les couloirs de la BNF pour fêter l’arrivée des mois ensoleillés ? Quel régime faire pour être la plus belle dans ma bibliothèque ? Comment refuser les avances d’un supérieur hiérarchique lors d’un congrès ? Et comment faire accepter mes avances à un inférieur hiérarchique lors d’un congrès ? A la limite, une question mériterait encore une réponse à ce stade avancé de fin d’été : Faut-il se mettre du débronzant avant de revenir dans les couloirs de l’université pour faire croire que l’on a travaillé sans s’arrêter ? Mais la rentrée presse le pas, impose son calendrier et périme mes idées d’articles, et tel un magazine féminin du 15 août je ne peux pas y couper, il faut mettre le mot en énorme sur ma couverture.

Aussi j’ai décidé de rendre service à tout le monde et d’aider mes lecteurs à voir plus clair dans les futures tendances 2014-2015 à l’université. Et les amis, sortez vos pipes, lustrez vos moustaches, repassez vos chemises et vos jupes à carreau, fouillez les fonds de bibliothèque, et passez prendre votre veste à chevrons au pressing, le vintage revient. C’est même notre ministre qui a donné l’impulsion, en nous ramenant à un budget de la recherche désuet, vintage dans l’âme (où l’on jurerait retrouver en euros le budget de 1976 en francs), et en adoptant ce look légèrement rétro où la sensualité des cols pelle à tarte se marie à merveille avec l’élégance discrète et surannée de lunettes tendances dont la forme n’est pas sans rappeler les plus belles années des montures sécurité sociale. Pour vous mesdames, Geneviève revient à l’essentiel. Pour vous messieurs, rien ne vaut les valeurs sures et les gangsters éclairés.

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Photo : Service de presse du ministère. Le Halo de la photo 60s/instagram est en bonus

Comment une telle évidence a pu jusqu’ici nous échapper ? Nous, universitaires habitués à dire que le regard fait l’objet ? Adopter l’attitude vintage, c’est bien sur redonner à nos locaux, à nos équipements, à nos idées, à certains professeurs aussi qui retrouveront leur propre jeunesse, une seconde chance, pour pas un rond. C’est apprendre à apprécier le crépi jaunissant et les fenêtres en bois branlantes et mal isolées comme des éléments cool et réduire d’autant d’inutiles dépenses imposées à un ministère innovant, généreux, et à l’écoute par une horde gauchisante et mal pensante de professeurs frustrés. C’est renouer avec notre histoire, rouvrir les greniers, apprendre à recycler la recherche, en attendant de pouvoir recycler sa ministre.

De ce qu’il faut dire, à ce qu’il faut acheter, en passant par ce qu’il faut porter, histoires à lunettes vous dit tout aujourd’hui.


Gérer le retour de la veste à chevrons et de la jupe à carreau

Malgré l’impitoyable lutte du CNRS pour faire disparaître ce monumental symbole du monde universitaire des 30 glorieuses (la lutte contre la veste en tweed avait été, on s’en rappelle, déclarée « grande cause nationale 2012 »), plusieurs réseaux de résistance ont su conserver cette tradition (avec la complicité active semble-t-il du réseau de magasins Emmaüs). 2014-2015 sera l’occasion de leur retour au grand jour, et c’est aussi tout un savoir-faire en matière de pipes en ébonite, de moustaches en poils d’ethnologues, de cartables en cuir, et de chandails damar, qui devrait reprendre sa place légitime. Le tout Made in France bien sur.

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Génération naphtaline

Tout aurait dû se passer dans les règles – un ennui réglé, des discussions convenues, un buffet à la fin – mais pourtant à mon dernier congrès, j’ai dérapé. J’ai enflammé la table et hystérisé la salle à grand coup de désuétude, en citant des débats théoriques d’il y a 30 ans et des auteurs plusieurs fois enterrés. Citer Gurvitch, Lazarsfeld, Stoetzel en sociologie. Poulantzas, Duverger ou Almond & Verba en science politique, Langlois et Seignobos en histoire, c’est la nouvelle garantie séduction en 2014-2015. La mode est à la pensée naphtaline, à l’écriture désuète et aux notes de bas de pages qui prennent la moitié d’une feuille. Veillez toutefois à ne pas aller trop loin dans l’archéologie, la phrénologie ne va pas pour autant redevenir une discipline. Et non, le marxisme ne rentre pas dans cette mode vintage, bien essayé, repassez plus tard

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Moi avec deux copines qui voulaient en savoir plus sur Gurvitch

« Photocopier c’est pêché »

Pensez-y avant d’acheter votre prochain ordinateur, citer tous ces auteurs n’est qu’un premier pas. Les vrais savent. Tout prend un autre sens quand la forme suit et que vous tapez votre thèse à la machine à écrire (astuce supplémentaire pour marquer en toute discrétion cette incontestable preuve d’élégance: rendez la légèrement en retard à cause d’un « problème de ruban dans les derniers jours »). Accessoire qui sera le complément rêvé de votre petit cartable en cuir, la machine à écrire est mon choix pour la rentrée 2014-2015, même si les avis divergent déjà sur cette question, les partisans de l’utilisation d’un ordinateur vintage (type premier Macintosh) pour taper la thèse sont en désaccord avec les parangons de la machine à écrire, qui rient des extrémistes partisans d’un retour à la double thèse à la main, dont une serait en latin. Des invectives ont déjà été échangés, tout ça finira mal malheureusement, et l’on est peut-être à l’aube d’un nouveau grand chiisme dans le monde universitaire, après celui, dévastateur, du « bon et du mauvais constructivisme ».

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Ce genre de vintage post-moderne est évidemment à proscrire, personne n’est dupe

Personnellement, la machine à écrire a nettement ma préférence, parce qu’elle vous permet de faire des attentats sonores dans les espaces feutrés et à l’écho généreux des bibliothèques parisiennes. Pour peu que vous sortiez une gauloise ou gardiez votre pipe à la bouche en même temps dans la salle de lecture, sachez le, vous êtes déjà une légende.

Bien évidemment, faire sans thèse sans ordinateur, c’est la faire sans internet, sans Cairn, Jstor, mais en retrouvant la joie du papier jauni et en croisant les regards dubitatifs des bibliothécaires à qui vous demandez un numéro de 1954 de l’American Journal of Sociology, ce regard d’inquiétude sur votre santé mentale, qu’ils réservent d’habitude aux doctorants ayant passé leur 7e année. C’est aussi délaisser des pratiques addictives comme le copier-coller. J’ai délaissé le copier-coller pour l’authentique « coupé-collé », avec ciseaux et colle, je ne m’en porte pas plus mal. En cette année 2014-1025, couper c’est décalé, coller c’est serrer.
Un pas de plus, et c’est un autre accessoire qui est désormais interdit aux courageux qui veulent suivre le train sans arrêt de l’élégance à la française : la photocopieuse. Instrument honni, elle sera avantageusement remplacée par le duplicateur ou ronéotype. Tout comme l’email est remplaçable par les lettres, et pour les plus pressés le télégramme. Je ne parle même pas du SMS, et je vous invite à renouer avec le bonheur du taxiphone à pièces au fond du restaurant, en espérant que l’inspecteur Maigret n’ait pas déjà pris la place.

Ultime et dernier accessoire à revoir, l’enregistreur. Exit les enregistreurs de poche à la vulgarité toute numérique, place aux valeurs sures, celles qui ont besoin de place pour exprimer leur supériorité, celle là même qui faisait l’admiration des japonais dans les années 90, prennent la moitié du sac, et qui avaient même l’honneur d’un autre nom, celui de magnétophone, que l’on disait transportable et non pas de poche. Envoyez vos photos de vous en entretien avec un Tandberg 74, et rappelez vous de ce mantra de Jacques Chirac, « plus c’est gros et mieux ça passe », quand vous aurez mal au dos.

N'exagérez pas non plus niveau taille

N’exagérez pas non plus niveau taille

« You want mi too go baque to my plane ? Let them go… »

Enfin comment oublier le langage lui même ? En 2014, vous allez renouer avec la plus belle des traditions universitaire : l’élégance du langage, celle du vouvoiement et des formules de politesse d’abord, celle de la déférence qui signe chaque contact avec son supérieur hiérarchique (j’ai un faible pour « en m’excusant de mon outrecuidance et en vous joignant par la présente l’expression de ma génuflexion distinguée »), celle qui appelle toutes les femmes « mademoiselle » et tous les hommes « jeune homme », celle qui amène naturellement à ne pas parler aux secrétaires autrement qu’en les appelant toutes « Martine, ma petite » et à trouver que Valérie Giscard d’Estaing a quand même des qualités certaines pour diriger la France. Celle, enfin, qui a su donner à l’anglais francophone un charme inimitable qui a fait la fortune des congrès internationaux pendant des années, charme mis à mal récemment par les efforts conjugués du sous-titrage des séries HBO et du lobbying de Wall Street English, et qui ont malheureusement amené les italiens et les espagnols à nous prendre cette place tant enviée de stars des congrès, dont la présentation est chantante et divertissante à défaut d’être compréhensible dans son contenu.

Je vous laisse, j’ai ma réunion de rentrée des jeunesses giscardiennes ce soir, mon solex est en panne, je n’aimerais pas être en retard. Restez bath et bonne rentrée les aminches.

 

 

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