Les Lettres de Recommandation

Aujourd’hui, j’ai proposé à mon directeur de thèse d’écrire une lettre d’auto-recommandation. Une précaution élémentaire pour avoir une lettre potable, non copiée-collée, à jour, et surtout dans les temps. Le must étant évidemment de n’en faire signer qu’une par an, que l’on trimballe d’une candidature à l’autre. Les occasions sont nombreuses. Idéalement, il faut toujours en avoir une de prête dans sa trousse de survie administrative (CV, publications à jour, lettre de motivation standard, un résumé long de la thèse, un résumé court, un résumé court en anglais), si possible en version générique, c’est à dire avec un vague « c’est pourquoi je soutiens sa candidature sans réserve », passe partout.
Bien entendu, malgré le caractère factice de ces lettres, dont beaucoup sont auto-écrites, dont l’utilité ne doit pas être grande, et le nombre incalculable de fois où elles nous sont demandées, aucun professeur n’acceptera pour autant de filer à son doctorant un blanc seing pour les écrire et les signer lui même…Tout en se plaignant bien entendu du temps que lui prennent toutes ces tâches administratives.
Le pack TIMESAVER de mes rêves, incluant sa signature en jpeg, du papier à en tête de l’université et son accord oral sur un texte générique qu’on ne changera pas n’existe malheureusement pas. La signature reste une étape sacrée. Si vous ne l’avez pas compris, c’est le procès verbal pour faux et usage de faux que le prof ira signer (si si, ça arrive souvent).

Bref, il faut faire comme Zorg :

(arrêtez vous à 1:09. Ou à 1:19 si vous voulez aussi avoir ma réaction lorsque j’ai eu la lettre)

Ce qui est très étrange, c’est qu’en lui proposant d’auto-écrire cette lettre, j’ai quand même éprouvé un certain plaisir, là où j’aurais dû traîner les pieds, et même ne pas proposer du tout. Et pas seulement parce que j’aime m’auto-congratuler, et devoir à chaque lettre me trouver de nouvelles qualités.

Plus que ça, il y a probablement le plaisir de montrer que je ne suis plus un étudiant, mais un doctorant, c’est à dire…Toujours un étudiant, mais optimisé, 2.0, et malheureusement schizophrène : un étudiant qui a intégré qu’il ne fallait pas emmerder les profs, et qui sait même pourquoi (parce qu’il connaît maintenant ce monde et ses contraintes)…Tout en bénéficiant d’un statut particulier qui autorise désormais à les solliciter. Autant dire que c’est une situation aussi confortable qu’un Ouigo.

Ce droit, il est écrit, mais pas vraiment appliqué, on ne sait pas trop jusqu’où il va au départ, on le travaille, on teste discrètement ses limites. Mon directeur renvoie en effet une image de type tellement occupé que tout ce qui peut m’éviter de passer pour l’emmerdeur qui le sollicite est bon à prendre (je le soupçonne d’être tout à fait conscient des effets de démission et culpabilisation que son attitude a sur ses doctorants). Dans la mesure où il est ensuite officiellement (il en a les titres) beaucoup plus intelligent que moi, j’ai en tête que son temps est plus précieux que le mien, et que ses mots, l’énergie qu’il dépense sur un clavier chaque jour, le temps qu’il passe à faire avancer la petite barre clignotante de word, doivent être réservés à de grandes choses.

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Mais maintenant lui et moi, on est un peu amour, eau fraîche et cupcakes (© L.C.)

En me proposant pour faire son travail, *POUF*, la magie opère. J’ai plaisir à croire que je me distingue de la plèbe estudiantine, montre indirectement ma connaissance du monde scientifique et mon respect pour sa production scientifique. Sur le coup certes, il  n’avance cette possibilité qu’à demi-mot, c’est pour mieux me laisser proposer moi-même, et esquisser un regard de profonde gratitude ensuite. J’ai la larme à l’oeil. Je ne résiste pas au chantage affectif et à ce beau moment d’intimité. Encore un peu et c’est pour lui que je suis prêt à écrire quelque chose, signer ses billets de retard et d’absence et le défendre au conseil de classe.

« Papa est fatigué, il a une mission de la plus haute importance à te confier »

Bon après, une fois signée, je l’ai quand même lue avec un plaisir narcissique absolu, comme si elle n’avait jamais été écrite par moi. Je l’ai délicatement sortie de l’enveloppe en la regardant comme ça :

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