Esquif d’une théorie de l’atlantique

Début décembre 2011, un lundi, sans prendre garde, je suis devenu doctorant. Par la grâce d’un mail envoyé par le secrétariat de l’Ecole Doctorale, puis quelques jours après par la grâce renouvelée d’une réunion de rentrée, tenue dans une salle sans fenêtres, ni aucune élégance, par un directeur d’ED sans chaleur, je suis rentré dans le dernier carré des études universitaires. Je suis devenu cet hybride à mi-chemin entre simple étudiant et déjà professeur, dont personne ne connaît grand chose, mis à part l’auréole d’excellence intellectuelle et le titre imbuvable que ne manquera pas de porter sa thèse (ce qui justifie par ricochet celui que porte ce blog : il faut bien que je m’entraine entre temps…).

La thèse, finalement, personne ne sait ce que c’est : un gros livre qui n’aura jamais plus de cinq lecteurs ? Une future publication ? Un moyen de devenir professeur d’université ? un passe temps pour des étudiants attardés qui ne veulent pas rentrer sur le marché du travail ? C’est au moment où on la commence que ces questions deviennent épineuses, quand on essaye d’expliquer à son entourage, mais aussi de comprendre soi-même, en quoi cet exercice peut consister, et quelles vont être les étapes et les moyens pour le réaliser. Et si beaucoup ne la finissent jamais, ou mettent plus de 5, 6 ou 7 ans à l’achever, parfois dans la douleur, c’est bien qu’il doit y avoir quelque chose de difficile dans cet exercice, et beaucoup d’occasions de se tromper de direction (d’autant plus qu’il n’y a sûrement ni voie unique pour la réaliser, ni beaucoup de personnes qui sont prêtes à conseiller).

Personne à ma connaissance ne raconte sa thèse, peut-être pour ne pas avoir à tomber dans un jeu de miroirs où l’on écrirait un livre sur l’écriture de l’écriture de l’écriture (ad lib) d’un livre, ou par volonté de ne pas se dédoubler en écrivain ET chercheur (c’est déjà assez dur de s’adapter au langage très spécifique que requiert l’écriture “scientifique”…), ou plus simplement par manque de temps ou angoisse (et je passe les raisons liées directement au risque pour la carrière universitaire si on se met à écrire sur ses directeurs de thèse…). Pourtant je suis persuadé qu’il y a quelque chose à raconter, et que l’on gagne terriblement à avoir un recul sur ce milieu très peu accueillant : l’apprentissage du métier de chercheur, l’invention d’une écriture à soi, la découverte du milieu de la recherche, les relations avec les directeurs de thèse, l’image que les gens se font de vous quand vous annoncez être thésard, l’organisation que l’on doit s’inventer en étant confronté à une temporalité totalement inédite (3 ans pour un projet!), tout ça m’intéresse presque autant que mon sujet lui même.

J’espère ne pas avoir à raconter un chemin de croix, une épreuve morale et physique dans les posts qui suivront (c’est pour cette raison que je n’ai pas appelé ce blog « la metasthèse », comme je le pensais au départ, pour ne pas avoir à en rire jaune un jour), mais plutôt un voyage -moins proche d’un blog de prof que de celui d’un Erasmus, les posts alcooliques en moins (quoique…) – où l’on croisera d’étranges créatures à ethnographier (les professeurs, les thésards, l’entourage qui ne comprends pas ou si peu), des lieux exotiques (l’université, les congrès) à décrire, des dangers à éviter (?), et des états d’âme légers. Je préfère la métaphore de l’explorateur (la durée du doctorat ressemble d’ailleurs étrangement à celle des grands voyages du XVI-XVIIe) à celle du rat de bibliothèque, celle du voyage avec équipage au lieu du chemin de croix solitaire, et on verra bien si je n’aurais été qu’un touriste éphémère, sujet au mal de mer à la première tempête intérieure, ou un vrai capitaine qui traverse l’atlantique. Voilà c’est fait, bienvenue, je pars en thèse (ah ah), astiquez vos canons, larguez les amarres, souquez les artimuses.

Moi et ma thèse (allégorie)

Moi et ma thèse (allégorie)

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